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L’acceptation,un premier pas sur le chemin de revalidation

L’acceptation,un premier pas sur le chemin de revalidation de personnes souffrantes dedouleurs chroniques et de fibromyalgie.

Introduction

Dans mon expérience, j’ai été émue par la détresse des patients qui arrivaient au Centre thérapeutique, bien souvent, après un parcours médical long et chargé.

Lors de mon stage au Centre de la douleur chronique au CHU Mont-Godinne, j’ai observéde nombreux patients arrivant avec cette demande : « débarrassez-moide ces douleurs » comme une attente magique bien compréhensible mais assezpeu réaliste.

Mon interrogation se portait sur le fait d’arriver à accepter cette souffrance sansêtre complétement anéantit. Pour moi il s’agissait de faire le deuil de« la vie d’avant » et j’observais beaucoup de personnes quis’épuisaient à refuser leurs douleurs et leurs nouvelles limites accentuant dece fait leurs souffrances.

Mes premières séances de sophrologie avec des patients fibromyalgiques m’ont amenéeà cette interrogation : comment faire pour accueillir la souffrance dans l’instant présent et en même temps ouvrir le champ de laconscience à d’autres sensations intéressantes à vivre ?

Pourquoi accepter et comment faire ?

L’acceptation

1. Le coût du refus ou Pourquoi accepter

« Nous sommes prisonniers de ce que nous refusons. » Swami Prajnanpad

La douleur et c’est bien normal est une expérience que nous nous efforçons d’éviter.

C’est d’ailleurs son utilité première que celle de nous avertir d’un danger. Or dans la douleur chronique,nous l’avons vu, l’expérience douloureuse a perdu sa fonction de signal d’alarme mais reste néanmoins  un stressque nous refusons et qui nous coute en énergie de vie.

Lutter contre la douleur la renforce, c’est là un paradoxe. Comme celui de lutter contre nos pensées et nos émotions les renforcent également. Les efforts pour éviter la souffrance qui estinévitablement liée à la condition humaine jouent un rôle de premier plan dansle développement et le maintien  de nosdifficultés. L’objectif  premier de l’acceptation n’est pas la réduction des symptômes mais l’augmentation de la flexibilité psychologique. Cela va petit à petit  favoriser l’engagement dans des actions contribuantà s’inscrire dans un courant de vie porteur de sens.

2. Les neurosciences 

Dans son livre, l’intelligence du stress, Jacques Fradin (2008), nous dit que c’est la vieille partie de notre cerveau qui est chargée de nous protéger ; l’hypothalamus et lesterritoires reptiliens qui,  lors d’un danger, enclenche un processus instinctif de survie, génétiquement programmé et non contrôlable, qu’onappelle le stress. Au fil de l’évolution, le danger de mort imminente ne sedistingue plus du simple désagrément subjectif dû à une contrariété ou unjugement, quelque en soit la raison, pour certains d’entre nous, nous semblonsvivre en état d’alerte biologique permanente.

Dans 90% des cas de stress humain, ce sont nospensées, nos cognitions incohérentes et contradictoires qui déclenchent le stress et leur remise en ordre nous apaise.

Le mode mental préfrontal contrairement au monde mental automatique (cerveau limbique et néo-cortex) permet l’adaptabilité avec calme. Il inclut la curiosité sensorielle, l’acceptation de ce qui est (fruitd’un apprentissage), le traitement des données en incluant des nuances et enrelativisant la représentation de la situation.

Suivant le canal mental que nous recrutons nous sommes doué (préfrontal, souple, créatif, serein,...) ou psychorigide, endifficulté face à l’imprévu (lorsque le sujet nous accroche par le modeautomatique).

L’enjeu de la gestion des modes mentaux, c’est apprendre à savoir sur quel mode nous fonctionnons, identifier les signaux d’alertes comme le stress et savoir zapper, basculer si nécessaire pour adapter notre réponse.

« On ne résout pas ses problèmes, on apprend à vivre autrement, dans un autre esprit et cela nécessite de l’entrainement. » J. Fradin

 

3. Accepter sans se résigner

Lorsque nous sommes confrontés à notre vulnérabilité, il nous faut faire preuve d’humilité. Le terme humilité est à rapprocher du mot humus, qui en est la source étymologique,et qui a donné par ailleurs le terme homme. Peut-être que l'humilité consiste, pour l'homme, à serappeler qu'il est fait de grains de terre. Ce n’est qu’en acceptant ce quenous ne pouvons pas changer que nousréussissons à dégager les ressources nécessaires pour agir là où c’est possible.

« Accepter, s’apparente à laisser exister les choses, à s’ouvrir à l’expérience »  Ilios Kotsou

Ilios Kotsou (2014) dans son livre Eloge de la Lucidité, nous invite à dessiner deux cercles, l’un grand et l’autre plus petit inscrit dans le grand cercle.

Dans le grand cercle se trouve ce que nous ne pouvons pas changer : le contexte, le temps qu’il fait, la maladie quinous atteint,…Dans le petit cercle se trouve ce sur quoi nous avons dupouvoir : notre comportement, nos actes, ce que font nos jambes et nosbras, la direction dans laquelle nous tournons notre regard, ce que dit notrebouche….

A part notre comportement nous n’avons pas d’influence sur grand-chose.

Et donc plus nous mettons d’énergie à lutter contre les choses sur lesquelles nous n’avons pas de prises, plus nous risquons dedevenir aigri et fatigué.

Selon moi, accepter, ce n’est donc pas se résigner,c’est  être lucide et retrouver une liberté d’action. Cela demande d’avoir récupérer suffisamment d’énergie de vieà engager consciemment dans des actions porteuses de vie.

 

4. Le processus du deuil

Perdre la santé, c’est comme perdre quelque chose qui était primordiale à notreexistence, il en résulte naturellement une grande souffrance. Cela s’apparenteà un deuil.

Le deuil représente ce cheminement que connaît la personne exposée à cette perte jusqu'à ce qu'elle réapprenne à vivre enl'absence de l’objet perdu. En soi, le deuil est un processus normal et universel auquel nous avons été, nous sommes ou serons tous un jour confrontés.

Les étapes du deuil :

1.     Choc et déni 

2.     Désorganisation aux niveaux matériel, relationnel, émotionnel : Colère(irréversibilité de la situation, énergie de changement vers uneréorganisation), tristesse (besoin de consolation), peur (protection face aux nouvelles situations), joie (souvenir et maintien dans la réalité)

3.     Réorganisation

4.     Acceptation et pardon (vivre en paix avec…)

5.     Détachement permettant de nouveaux attachements.

Même si le processus de deuil est très subjectif,tout le monde tente de faire face au deuil à sa manière. La compréhension desétapes du deuil peut nous aider à élaborer un chemin au travers de cette douleur émotionnelle tout en gardant à l’esprit qu’on peut en ressortir !

 

5. Comment faire pour accepter?

Il ne s’agit pas de croire qu’il existe des recettes toute faite, chacun à samanière et à son rythme chemine dans l’existence avec plus ou moins defacilité. Cependant, il ressort de certaines études scientifiques que j’ai luespour ce travail que les ingrédients pour nous aider à être dansl’acception sont,  d’une part, de développer notre habilité à porter notre attention surl’instant présent dans cette attitude d’acceptation, d’accueil de ce qui est, en étant dans  la conscience du vécu (sensitif, émotionnelet cognitif) de manière phénoménologique (sans jugements). Et d’autre part,d’exercer notre capacité à observer le fonctionnement de nos pensées afin de travailler sur ladé-fusion des cognitions par rapport à la réalité. Ce qui aboutit à entreprendre des actions porteuses de sens et guidées par nos valeurs.

Il s’agit deprendre conscience et d’observer les choses telles qu’elles sont, avec curiosité, calme et bienveillance, en s’efforçant de ne pas réagir de manièreautomatique à ces dernières  mais plutôtde  rentrer dans une démarche réflexiveautour de celles-ci. Utiliser nos facultés d’évaluation, d’association et derecherche de sens. En s’efforçant également de ne pas s’agiter émotionnellementet à ne pas chercher à  modifier ou àéviter les évènements.

 

Conclusion 

Le refus est une étape normale dans le processus de la douleur chronique, le tout est de ne pas y rester afin de ne pas alimenter le cercle vicieux de la douleur et de la souffrance.

Le fait d’accepter, ce sur quoi nous ne pouvons pas agir, va nous ouvrir un espace de liberté où nous pourrons retrouver de l’énergie pour cultiver nos ressources et s’engager sur la voie du mieux-être.

Cette étude permet de mettre en lumière que les approches thérapeutiques qui utilisent des stratégies centrées sur le contact avec le moment présent et l’acceptation de ce qui est éprouvé, pensé et ressenti peuvent utilement compléter les approches classiques visant plus directement des modifications cognitives et comportementales.

Ces approches s’intègrent dans la multidisciplinarité nécessaire au traitement de la douleur chronique.